Alors que le monde est engagé dans des dynamiques qui nous échappent largement, l’Union européenne semble à la croisée des chemins. Si les Européens surdéterminent leurs différends et échouent à s’unir autour de leurs forces singulières, ils risquent de perdre leur indépendance et de devenir de simples objets de domination. Dans son nouvel ouvrage, « L’Europe, un État qui s’ignore » (CNRS éditions), Sylvain Kahn prend de la hauteur pour éclairer le chemin parcouru et à inventer. Il répond aux questions de Pierre Verluise pour Diploweb.com.
Pierre Verluise (P. V. ) : Sylvain Kahn, le contexte de rédaction d’un ouvrage influence souvent l’auteur. Comment avez-vous pris en compte le contexte pour la rédaction de « L’Europe : un État qui s’ignore », CNRS éditions ?
Sylvain Kahn (S. K. ) : Au XXIe siècle, la situation géopolitique de l’Europe est bien plus délicate qu’elle ne l’était à la sortie du XXe siècle, vingt ans plus tôt. Ce changement radical d’ambiance constitue la toile de fond indispensable à la compréhension de l’ouvrage. La fin de la Guerre froide avait en effet laissé espérer l’avènement d’un monde multipolaire tendanciellement fondé sur le multilatéralisme, l’interdépendance, le droit et la norme plutôt que sur le rapport de force, la domination et le conflit. Cette évolution a été analysée avec finesse par Zaki Laïdi qui, en 2005, publiait « La Norme sans la force, l’énigme de la puissance européenne », à un moment où les principes fondant la construction européenne semblaient partagés par un nombre grandissant d’acteurs mondiaux.
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